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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/142

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tés, ah ! c’est à toi seule, Fanny, que je courrai, de tout mon élan !


FANNY.

Tu vois que j’ai bien fait de venir ! Je le savais, je le savais qu’il sortirait de notre rencontre, quelque chose de bien, d’utile… Les autres sont là, à attendre… ils croient que nous sommes en train de nous dire les pires horreurs, toutes les saletés qu’on se jette à la tête en pareil cas… et, au contraire, entre nous, il y aura eu, non pas un rapprochement, mais quelque chose comme… une complicité de l’avenir… quelque chose de bien à nous deux (Fébrile.) Oui, oui, je sors de là avec un peu de lumière, de l’énergie au cœur… C’est très bien… c’est très bien.


ARMAURY, (éclatant en larmes et courant à elle.)

Fanny ! Fanny ! Oh ! je ne peux plus… j’étouffe…


FANNY, (l’interrompant, avec un grand retrait de tout l’être.)

Non, surtout pas cela, pas un geste, mon ami, pas un mouvement vers moi, pas une fausse note, Marcel !… Je sais que tu meurs d’envie de me serrer dans tes bras… je le vois, j’en suis sûre… mais ne le fais pas, je t’en supplie… Pas un geste maladroit ! C’est, surtout, ce baiser-là qu’il faut savoir ne pas nous donner !… Non, quittons-nous sur cette espèce de lumière ; nous ne trouverons pas mieux. N’ajoute pas même un mot, ce serait de trop. Nous n’avons pas laissé échapper la moindre bévue, la moindre rancœur… je t’assure, c’est très bien, très satisfaisant. Maintenant, je vais être forte, Marcel !… Avec ce petit bout d’espoir, cette promesse, je