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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/141

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supportent très convenablement l’absence, à cause de l’idée… l’idée !… Tu as parfaitement bien fait, Marcel, de me parler avec cette franchise. C’est très bien comme ça… et c’est tellement mieux ! Tu aurais pu mentir… tandis qu’ainsi je préfère renoncer complètement à tout faux espoir de replâtrage… Au moins, comme ça, c’est net… on ne perd pas son temps à des chimères, à des désespoirs, des rages contre lesquelles on finit par se casser la tête !… Je vais tout de suite m’y mettre… Oh ! j’ai déjà tâché aujourd’hui… Ce matin, je me suis dit : « Tiens, puisque je suis à Londres, profitons-en tout de même… » Alors, j’ai été à Westminster, j’ai visité les musées, la National Gallery, j’ai tâché de m’enthousiasmer pour des tableaux… Ah ! dame, ce n’était pas facile !… J’ai entrevu toutes les villes que j’aurai le temps maintenant de visiter. J’ai entrevu ce que sera désormais cette existence de voyages… toutes ces villes où il me semble que la plus grande angoisse que j’éprouverai, c’est de ne plus avoir quelqu’un à qui envoyer de télégramme en arrivant… comme aujourd’hui… car c’est la première fois que je suis arrivée quelque part sans écrire sur un bout de papier : « Suis bien arrivée, chéri ! »


ARMAURY.

Si tu t’es juré de ne prononcer que les paroles les plus émouvantes, les paroles qui trouent l’âme, ah ! tu as pleinement réussi, Fanny ! Je ne puis te dire que cela, c’est peu, mais je te le dis dans un grand bouleversement : je n’ai pas en moi la possibilité de modifier les événements, je n’en suis même plus le maître… mais, qu’il arrive, un jour quelconque, un de ces imprévus que tu viens d’énumérer, et qui sont plus forts que nos volon-