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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/130

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L’ABBÉ, (qui se contient difficilement depuis quelques instants.)

Des plus grandes ?… J’ai promis que je ne prononcerais pas le nom de Madame Armaury…

(Silence. — Armaury s’assied tristement, devant l’évocation du nom qui a résonné ; sa parole est changée.)

ARMAURY.

Oui, ma pauvre femme, Monsieur l’abbé, ma pauvre femme !… Voilà le seul désastre ; il est immense, et l’amour a aussi une puissance destructive qui est bien son côté le plus misérable. Ah ! la malheureuse ! Ce qui est vrai pour un amour est aussi vrai pour l’autre. Les deux foyers sont en balance ! Et quel calcul affreux, que de s’en remettre à la décision du plateau qui penche le plus (Avec effort.). Permettez-moi de vous dire, pourtant, que je suis le seul en mesure de pouvoir estimer le degré des deux catastrophes entre lesquelles j’ai le choix… Je connais ma femme, c’est une courageuse, c’est une énergique…


L’ABBÉ.

Oh !


ARMAURY.

Je ne spécule pas là-dessus, croyez-le bien, ce serait ignoble ! Je constate, je compare les deux désastres : ma femme souffrira… mais ma femme vivra ! Tandis que l’autre, avec son amour neuf, pas secouru, son amour qui ignore tout de la vie, son amour qui commence !… Oh ! c’est effroyable, un amour qui commence… Non… Mes vrais devoirs actuels sont du côté de ce foyer-là. (Il frappe résolument du poing sur la table, comme s’il revivait une dernière fois sa détermination.) Vous ne le croyez pas, naturellement, libre à vous. C’est