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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/103

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FANNY.

Qu’est-ce que c’est ?


GASTON.

Jurez-moi, par exemple, que vous ne le direz pas à Monsieur Armaury, tellement nous pataugeons dans le grotesque ! Il pourrait, malgré notre camaraderie, m’en vouloir de vous avoir mise au courant.


FANNY.

Je vous écoute.


GASTON.

Tout à l’heure, après déjeuner, nous étions seuls, le secrétaire et moi. Avec les plus grands ménagements, il m’a remis une lettre, trouvée dans le courrier qu’il dépouille toujours, une lettre d’un ordre tel qu’il n’osait pas la communiquer à mon père… Il flairait bien, lui aussi, la mystification, mais il s’est cru obligé de m’avertir, et avant tout autre. (Il tire une lettre de sa poche, la tend à Madame Armaury.) Je m’empresse de vous dire que je n’ai pas coupé une seconde dans cette fumisterie d’un goût… (Il la surveille.) n’est-ce pas ?

(Elle parcourt, puis se met à rire.)

FANNY.

Eh bien, c’est gai pour votre sœur !… Voilà qui est charmant, en effet… un rien, mais délicat. (Elle s’interrompt, puis avec froideur.) Dites-moi, l’offense n’est pas seulement dans les termes que contient cette lettre, mais elle paraît aussi dans votre présence ici même, et…


GASTON, (vivement.)

Pas le moins du monde… Je vous prie bien de croire que je n’ai pas pris au sérieux cette ordure…