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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/82

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BERNIER.

Pas tout !… Ce sont des choses qu’on avoue difficilement. J’aurais pu demander de l’argent à mon frère, bien sûr… mais il aurait été trop content ? Et puis, j’ai un orgueil fou. Plutôt crever… plutôt tout endurer que de demander, quoi que ce soit !… Je me souviens d’avoir eu faim… Oui, je faisais tremper de vieux croûtons de pain sec sous la fontaine de la cour, pour pouvoir y enfoncer les dents… Ça se fait ensuite chauffer sur le gaz.


LOLETTE.

Oh ! je connais toutes ces choses ! Moi non plus, je ne t’ai pas tout dit… On n’ose pas… Figure-toi que ma mère avant que je pose m’a fait mendier dans la rue… J’ai tort de te dire ça, hein ?


BERNIER.

Pourquoi ?


LOLETTE.

À un moment, nous n’avions pas de domicile… On allait coucher à la gare du Bois-de-Boulogne… Dans les petites gares, on peut rester jusqu’à onze heures. Après, on se levait, et nous allions dans une grande gare, sur un banc, jusqu’à trois heures du matin… Quand je me rappelle !…


BERNIER.

Eh bien, moi, sais-tu ce que j’ai osé faire, moi, un homme ?… Un jour… ah ! je souffrais tant !… c’était si dur !… il y avait sur la porte d’un hôtel particulier, dans la rue, un papier plié… j’ai ouvert par curiosité. C’étaient des restes… eh bien… ! (La voix étouffée.) j’ai…