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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/81

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LOLETTE.

Tu ne le sens pas ? Regarde-moi.


BERNIER.

Si !


LOLETTE, (collée contre lui.)

Je suis toute toi… je serai toujours toute toi… Tu es mon maître. Fais de moi ce que tu voudras, Pierre ! Oh ! tu ne sais pas à quel point je t’appartiens ! Quand je pose… quand je suis nue devant toi… j’éprouve quelque chose de si tendre à ne pas bouger des heures sous ton regard qui va et vient, qui cligne, qui m’aime… Je le sens qui passe, qui me brûle, comme si on approchait une lumière chaude de mon corps… C’est vrai, ce que je te dis là, Pierre !… Autrefois, je ne sentais jamais un regard sur moi, quand je posais chez les peintres. Ça m’était bien égal !… Mais, pour recevoir le tien, qui se colle après moi, qui grimpe, qui peine, qui souffre, je me fais bien patiente… J’entends ton souffle, là-bas, derrière tes pinceaux et tes sourcils froncés… il me semble, alors, que j’allaite un grand enfant chéri… et j’ai une peur affreuse de déranger sa respiration… Pierrot !


BERNIER, (souriant.)

Eh bien, maintenant, tu passeras ce bonheur-là à d’autres, je t’en réponds. Ah ! nous ne l’aurons pas volé, la richesse ! C’est bien un peu notre tour… Si tu savais ! Avant de te rencontrer, je ne te l’ai jamais dit… j’ai eu des jours effroyables…


LOLETTE.

Je sais…