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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/79

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LOLETTE.

Tais-toi !


BERNIER.

Allons donc ! Je ne rougis pas de notre passé !… Tu es entrée chez moi, toute nue… comme un oiseau entre par une fenêtre… et je t’ai gardée ! N’était-ce pas bon, dis ?… petite brute, notre première nuit, presque sans se connaître ?… et après, quand on s’est regardé, tout flapi, les yeux foncés… et que tu m’as dit : « Voilà c’est comme ça… je fais des baisers bleus ! »

(Ils rient.)

LOLETTE.

Et toi tu m’as allongé une grande gifle, et tu m’as dit : « Moi, je fais des gifles rouges ! »


BERNIER.

C’est vrai. Ç’a été mon premier moment de jalousie !


LOLETTE.

Le seul… l’unique, Pierre… Il n’est jamais revenu depuis… C’est dommage.


BERNIER.

Et ce réveil ! Quand j’ai regardé, ce matin-là, ta figure de tout près. Je découvrais des taches de rousseur que je n’avais pas vues… tu me renseignais sur elles… Tu m’as fait les honneurs de ton visage. Tu me disais : « Les taches de rousseur, ça meuble… ça fait mieux ! C’est comme un appartement vide, quand il n’y en a pas… Celle-là, c’est la table du milieu… celle-là, c’est le fauteuil du coin… la petite, là, à droite, c’est la boîte à