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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/396

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JEANNETIER.

Mais, serez-vous assez forts pour dissimuler ?


FÉRIOUL.

Nous avons eu le temps de nous composer un visage.


JEANNETIER.

Ah ! mes amis… ce voyage ! Si tu pouvais comprendre, soupçonner ces deux jours qu’elle vient de passer !… Soyez bons, soyez bons !… Songez que, depuis qu’elle est partie d’ici, elle n’a pas dormi une minute.


FÉRIOUL.

Ici, nous n’avons guère dormi plus longtemps.


JEANNETIER.

Oui, mais trois jours d’insomnie fiévreuse, de voyage, avec cette fatigue que vous n’avez pas eue !… J’ai voulu lui faire prendre, cette nuit, un cachet pour dormir… elle s’y est refusée. Elle a des yeux fous, hagards… trois jours sans dormir ! Oh ! ce retour, je m’en souviendrai longtemps ! Elle est restée dans le compartiment sans dire un mot… fixe… Ce n’a été que lorsque, à la portière, ont apparu les premiers indices du pays, les oliviers, la mer, qu’elle s’est subitement détendue… Dès la Ciotat… La vue peut-être de ce pays, où elle rentrait de l’air natal…la paix… Elle s’est écroulée en sanglotant, et elle ne répétait que cela : « Mes enfants ! mes enfants ! » ou « Maurice ! ». Elle regardait par là, de votre côté, comme si l’on arrivait… mais, avec quels yeux ! C’était affreux,