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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/383

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mourir… Les vendangeurs étaient passés sur la route. Le bourrat, qui marchait devant, m’ayant aperçue, m’avait crié en claquant du fouet : « Zou ! Mariétou ! c’est l’amour !… » Quand vous êtes parti, je suis restée là jusqu’au soir. À six heures, les vendangeurs sont repassés, et j’ai entendu le bourrat qui me lançait encore : « Zou ! Zou ! Mariétou… C’est l’amour… » Et j’ai pleuré, monsieur Férioul, comme maintenant !

(Elle baisse la tête.)

FÉRIOUL.

Qu’est-ce que vous voulez, Mariétou, c’est le bourrat qui avait raison. C’est l’histoire éternelle ! Partout, toujours, c’est la même chose, dans toutes les maisons, sous tous les toits… Ici même, à cette place où nous parlons, qui sait si ne se sont pas échangées un jour des paroles presque exactement pareilles à celles que nous échangeons en ce moment… (Brusquement.) Allons, ne pensons pas à ça…


MADAME AUGER.

Non, bien sûr.


FÉRIOUL.

C’est le déchet du passé… de nos actes !… (Il regarde longuement l’enfant qui s’est assis dans un fauteuil depuis un instant.) C’est le mystère… (Intimidé, l’enfant s’avance vers lui. Ils se contemplent tous deux.) Mais, dites donc, il a du chocolat plein les joues, ce gros garçon ! Regardez-moi ça… comme il est sale… essuie-toi (Madame Auger lui essuie la bouche avec sa propre salive, comme font les paysannes.) Allons,