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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/376

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Mon indignation, ma colère hurlaient vengeance. Mais l’homme est souvent moins fort que sa colère. Quand elle est apparue avec cet effroyable visage, si effroyable que j’ai cru qu’elle allait tomber en poussière, je n’ai pas pu. J’ai été comme intimidé. Il y avait dans ses yeux toute une sorte de douleur à laquelle je ne pensais pas, que je ne prévoyais pas. Et alors j’ai senti quelque chose qui arrêtait mon bras, comme l’ange invisible arrêtait le bras d’Abraham, l’ange de la pitié, peut-être, le plus faible ou le plus courageux des anges. Et dans ce tourbillon intérieur qui m’agitait, une seule idée dominait. Qu’elle s’en aille ! qu’elle s’en aille ! Oui, qu’elle parte, achever sa triste besogne, sans explication, sans un mot et que je me retrouve enfin, seul ! seul ! L’impérieux besoin de la solitude et des larmes se dressait en moi. Maintenant j’ai eu cette solitude et ce recueillement. J’ai fait le tour de la réflexion. Désormais, je n’hésite plus. Elle va venir, je la répudierai avec calme, avec justice, fermement, mais sans colère. Si, au contraire, le scandale est enrayé, eh bien, qu’elle bénéficie du silence, et c’est nous deux qui aurons la charge alors, la charge douloureuse de souffrir pour le reste de nos jours, en gardant le secret. Est-ce au-dessus de vos forces, ma mère ? Avez-vous peur de vous trahir ?


MADAME FÉRIOUL MÈRE.

Non, mon petit, il le faut bien, puisque c’est pour toi. Ma vie ne sera plus assez longue maintenant pour qu’elle m’effraye…