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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/338

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CHARLOTTE.

J’ai peine à descendre moi-même au fond de ma conscience… Ai-je le droit de le laisser condamner ? Que pensera-t-il de moi après ?…


PARIZOT.

Que vous fait ce qu’il pensera ?


CHARLOTTE, (à droite, accotée à un fauteuil.)

Vous n’êtes pas femme, Parizot… Une vie déjà gâchée… qui sera perdue définitivement… rayée à tout jamais, quand on a le pouvoir de la sauver d’un mot… Et des mots, des mots !… j’en ai tant dits d’inutiles et qui étaient des mots d’égoïsme, même dans l’amour… On accuse les autres de lâcheté… Soi-même, de quelles lâchetés n’est-on pas coupable ! Parizot, je suis dans un abîme de perplexité ; mille sentiments divers m’entraînent, me secouent. Je n’aime plus cet homme auquel je dois ma déchéance… Mais, que voulez-vous, son silence actuel à mon égard est assez brave, il entraîne sa perte à lui… Et puis, il est mon passé tout de même, il est quelque chose de moi dans le souvenir que je ne voudrais pas salir… et, en me rendant une certaine lettre, cet homme a eu un geste… oh ! un pauvre geste, mais charmant, qui absout tout. Une femme ne peut pas oublier ces choses-là.


PARIZOT.

Alors, vous voyez bien, tout vous pousse ; votre intérêt personnel est d’accord avec votre désir.