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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/267

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refusés ! Oh ! poliment ! mais il m’a fallu avaler cette couleuvre ! Ça n’a aucune importance. Seulement, c’est idiot ! Je sentais la veine, c’était le moment de me refaire… C’est le vieux juif qui taille, alors, tu penses !…


CHARLOTTE.

Voyons, ça ne tient pas debout, ce que tu me racontes là ! Ton bijoutier accepte des commandes et t’avance de l’argent, voyons, voyons !…


ARTANEZZO.

Tu ne connais pas les combinaisons d’hommes d’affaires ! Tu es bien heureuse ! J’ai tort de dire tout cela… Je me diminue à tes yeux, je le sens bien.


CHARLOTTE.

Mais non ! Mais non !


ARTANEZZO.

Seulement, je suis franc. Tu me demandes de parler et je ne te cache rien. C’est bête tout de même de penser que, pour une petite somme insignifiante qui vous manque, quand on se sent en forme, il faut passer à côté de la veine. Comme la vie est mesquine ! Je ne suis pas un homme à jouer une matérielle quelconque, ou à me faire prêter vingt-cinq louis par le caissier sur la banque du Bey… J’ai passé quinze fois, l’autre jour, sur celle de Stilmann, j’aurais peut-être passé vingt fois. Superstition de joueur, c’est possible, mais enfin ! La veine, on la sent ou on ne la sent pas.