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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/252

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CHARLOTTE.

Chut ! Chut ! il ne faut pas dire ça ! Ménagez moi, voyons !


ARTANEZZO.

Et puis, pourquoi ne me tutoies-tu pas, ce soir ? C’est très vilain. Qu’as-tu ?


CHARLOTTE.

Pour vous tutoyer, il faut que je ne m’en aperçoive pas. Figurez-vous que je n’ai jamais tutoyé d’autre homme que mon mari. C’est vrai ! même pas mon père ! Alors, cela me semble si drôle, si drôle, si bizarre ! Et, il y a huit jours, nous ne nous connaissions pas. C’est fou, c’est affolant ! Comment voulez-vous que je vous dise « tu » comme ça, dans la vie ordinaire… Les autres femmes le font en général, je le sais bien. Qu’est-ce que vous voulez, je connais si peu les habitudes de l’amour, j’ai été surprise ! Et, j’ai beau être ravie, je suis tout de même un peu choquée ! Dame, vous m’avez tellement suffoquée par votre aplomb…


ARTANEZZO.

Oui, j’ai bien vu tout de suite que tu n’avais pas l’habitude… Ça ne trompe pas.


CHARLOTTE.

Ah non ! En effet, je n’ai pas l’habitude ! Quand vous m’avez parlé, quand vous vous êtes décidé, à l’établissement thermal, avec cette franchise, j’avais les jambes qui se sont mises à trembler,