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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/234

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sino, avec ses hoquets de valse lamentable… Écoutez ça !

(On entend au loin la musique.)

GRAVIÈRE.

Pourquoi pas ? C’est une rengaine qui a son charme. Cette grande descente sociale, une fois l’an, dans les phalanstères de plein air, tous ces petits morceaux de cosmopolis disséminés de par le monde, entre deux touffes de sapins noirs, mais c’est une chose nécessaire et, je vous assure, émouvante. C’est la seule occasion qu’ont tant de pauvres gens de s’arracher eux-mêmes aux pires enracinements dans les provinces, de se mêler à d’autres races, à d’autres sociétés.


FÉRIOUL.

Oui, la foire humaine.


GRAVIÈRE.

La chasse humaine… la chasse aux désirs… On attend tout de l’inconnu, du monsieur ou de la dame qui arriveront demain dans l’hôtel. Tenez, avez-vous observé, autour des tables de petits chevaux, les yeux de certaines bourgeoises les plus sûrement honnêtes ? Elles soutiennent tout à coup le regard… Elles le provoquent même avec une audace inconcevable.


JEANNETIER.

Ça, il faut avouer qu’ici l’œil et le pied ne fonctionnent pas à demi.


GRAVIÈRE.

C’est comme là, ce soir… tenez, regardez…