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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/209

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ne sait pas leur donner le rang qu’ils méritent… Devant, ce sont les places réservées. Tu es du parterre, ma pauvre fille !… Voyons, on ne va pas te laisser périr ainsi, tout de même ! Tu ne vas pas recommencer à espérer, lutter encore, pour arriver au saut final, qui est mathématique. Tu es une soustraction nécessaire pour eux. Tu en es bien persuadée… Il le faut !… Ils te passeront sur le corps, coûte que coûte !… C’est la force de la vie !…


LOLETTE.

Oh ! oui… j’en suis sûre ! C’est bien pourquoi je me suis collé un revolver sous le menton, va !…


ROUCHARD, (brusque, mais timide.)

Eh bien, n’en faut plus ! Allez, allez… je t’emmène, moi… (Lolette le regarde, hébétée.) Oui, oui… je t’emmène chez moi, à l’abri… De là, tu feras tout ce que tu désireras… tu iras, tu viendras… tu t’en iras les rejoindre… essayer, tenter l’impossible… mais, au moins, tu auras toujours un pigeonnier où revenir, faire halte… et prendre haleine… et où tu seras sûre de trouver, à l’heure de misère, pas le bonheur, bien sûr, ça ne se trouve pas ainsi, mais un cœur aimant, un brave cœur, je le jure, qui se consacrera à toi, comme autrefois, de toute sa force…

(Il s’arrête. Lolette creuse des yeux tout l’avenir, le présent, le passé.)

LOLETTE, (tout à coup, désespérément.)

Sauve-moi ! Sauve-moi !… Oui, oui… s’il en est temps encore… Emporte-moi… empêche-moi de mourir !… de l’air !… vivre !…