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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/207

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ROUCHARD.

Bah ! les femmes… Et puis toutes ces choses sont plus loin que nous ! Mais toi, as-tu été assez bête de vouloir te canarder comme ça ?… Tu t’es fait très mal ?…


LOLETTE.

Oui, c’est dans le poumon… mais c’est ça qui m’est égal !… Je veux mourir… Jean, je veux mourir !…


ROUCHARD.

Mais non, mais non !… Ce n’est pas ce qui arrangera tes affaires, n’est-ce pas ?


LOLETTE.

Ah ! je suis une femme finie, flambée. Y a pus, y a pus !…


ROUCHARD.

Tiens, tu n’as pas tellement changé, puisque tu retrouves ton petit langage d’autrefois, ton parler nègre qui fichait en joie ton bonhomme pour deux jours !… « Y a pus », disais-tu, tu te souviens, à propos de tout, chaque fois que ça n’allait pas… Ah ! que de fois j’y ai pensé à ce « y a pus ». Le bon temps où, morveuse, tu revenais de la rue Bréda, après avoir toujours soigneusement chapardé deux pommes à la devanture de la fruitière, parce que tu décrétais que le dessert, ça ne se paye pas ! Ah ! on n’était pas très galetteux, mais tout de même, si tu ne m’avais pas quitté, vrai, tu n’en serais pas où tu en es ! J’étais un brave homme de père, qui n’aurait pas permis que tu sois malheureuse, qui t’aurait défendue contre tout !