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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/203

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Tu n’as pas besoin d’expliquer ; ton regard suffisait… Ah ! Pierre ! Dieu t’épargne de sentir se poser sur toi le regard d’un être qui ne vous aime plus… C’est atroce !…


BERNIER.

Je crois, je crois fermement que nous pouvons être heureux ensemble. Je suis attaché à toi par un souvenir exquis et si charmant qu’il doit te suffire presque pour ne plus rien envier. Tu as eu la meilleure part de moi-même… On ne retrouve ni son amour, ni sa jeunesse… Prends ce que je te donne, va, et n’en exige pas davantage… Ce que j’éprouve pour toi est considérable et plein d’élan. Je ne sais pas de quel nom on peut nommer ce sentiment-là. Mais si tu pouvais l’appeler de l’amour, tu ne sais pas le plaisir que tu me ferais !


LOLETTE.

Je suis brisée… Je voudrais… je ne sais pas ce que je voudrais… de l’air… du calme…


BERNIER.

Oui, oui, tous les mots que je prononce ne font que te meurtrir… Je vais te chercher ces photographies, avenue Victor-Hugo… Tu vas te détendre jusque-là… et nous ne parlerons plus jamais de ces choses… (Il lui tend la main, elle la lui prend.) Tu ne m’en veux pas trop de ce que je viens de dire ?


LOLETTE.

Non. Je te remercie. Tu as osé prononcer les paroles que personne n’ose jamais prononcer… Tu es