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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/197

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LOLETTE, (se rejetant sur les oreillers.)

Oh ! ce que tu vas dire sera terrible !


BERNIER.

Mais non, Loulou, pas terrible du tout, et bien simple. Tu sens comme il me serait facile de t’assurer que je ne la revois pas, et tu serais forcée de me croire… Oui, nous nous revoyons… Et dans nos entrevues, il n’est guère question que de toi, je t’assure ! Je ne sais si elle t’a fait part, tout à l’heure, des résolutions auxquelles nous nous sommes arrêtés…


LOLETTE.

Elle m’a dit que…


BERNIER, (l’interrompant.)

N’importe ! Ces résolutions, moi, je vais te les dire. Tu es en état, maintenant, de les écouter, de les comprendre avec tout le calme nécessaire… Tu es arrivée à ce maximum de désespoir grâce auquel un être démontre, mieux que par toutes les paroles, ceci : que les plus belles raisons du monde ne sont rien devant l’absolu de la souffrance. Elle seule est respectable. Tu es un être infiniment malheureux, infiniment. Je te dois tout mon secours… Tu disais vrai l’autre jour, je n’ai pas le droit de te quitter… Je ne peux t’abandonner à toi-même ; tu ne t’y retrouverais pas… Il y a là, pour moi, une question de devoir supérieur. Donc, voilà qui est entendu, tu peux être tranquille. Je fais pour toi le plus grand sacrifice qu’un homme puisse faire… Ohl je ne viens pas m’en vanter ; il faut, seulement, que tu connaisses la mesure