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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/177

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Quand on se paye le luxe d’un homme, il faut apprendre ce que ça coûte !


BERNIER.

Loulette !


LA PRINCESSE, (s’asseyant.)

À la bonne heure, madame ! Sur ce terrain, nous nous entendrons bien mieux. Voulez-vous que nous envisagions la chose pratiquement et voulez-vous me permettre de dire comment je la comprends ? De votre côté, vous me direz si je me trompe, si elle ne vous satisfait pas ainsi… D’abord, il vous serait assuré, à vie, une pension régulière… cette pension…


LOLETTE, (l’interrompant avec une fureur soudaine.)

Mais je n’en veux pas de votre sale argent, gardez-le !… Est-ce que vous croyez que je vais me salir les mains avec ça ? La seule pensée que je vous devrais un sou d’aumône, tenez, me fait trembler les jambes. Et de vous entendre, là, commencer vos petits comptes, la colère me monte au visage… Rengainez !… J’aimerais mieux crever de faim, et finir la tête contre un pavé des rues !… Vous m’enlevez la vie, et vous croyez qu’après il n’y a qu’à dire : « Voilà de la monnaie : ça compense !… » Me rendrez-vous mon bonheur, misérable ?… (La princesse s’écarte brusquement sur ce mot.) Me rendrez-vous l’homme que j’aimais, sans lequel, quoi qu’il ait fait, tenez, il me semble que je ne pourrais plus respirer l’air d’une journée… Oui, oui, c’est horrible à avouer cette lâcheté !… Vous me prenez tout avec votre argent. Vous me l’avez acheté lui-même ! mais moi, vous ne m’aurez pas