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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/171

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BERNIER.

Oh ! la puissance de ta chair !… c’est inouï !… Que ne ferait-on pour être maître de cette chose merveilleuse que tu es… et que je vais écraser… sous mon pouce… tout de suite… comme un tube de garance rose… que je vais sculpter avec des baisers… Donne ta nuque… soulève tes cheveux… Donne… (Se détachant avec violence.) Allons, assez de folies !… Cette lutte n’a pas le sens commun. Ce que je voulais, tu l’as compris, c’était gagner du temps. À quoi bon reculer, l’échéance inévitable ? Puisque tôt ou tard, quoi qu’il arrive, c’est à toi que j’irai ; puisque rien ne nous empêchera de courir l’un vers l’autre… Supprimons tout ce qui nous sépare ! Il le faut !…

(Il fait des gestes farouches.)

LA PRINCESSE.

Oui, il faut vouloir, enfin ! C’est le moment.


BERNIER.

Partons. Partons… sans regarder derrière nous. Ou si tu ne peux pas tout de suite, eh bien, moi, je ne reviendrai plus chez moi… Dès ce soir, je romps avec mon passé, je brise ma vie ! Que cette journée soit définitive ! définitive !…


LA PRINCESSE.

Oui, aie donc le courage de surmonter enfin ta pitié une bonne fois et donne-moi ce que je réclame depuis si longtemps.