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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/170

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injuste et humiliant à la fin ! Je veux bien que cette fille soit aussi intéressante que moi, mais j’ai mes douleurs aussi, et mes sacrifices !… J’abandonne ma situation mondaine, merveilleuse ; j’accepte l’aléa d’un avenir douteux, l’irrégularité au moins momentanée… je fais le bonheur des uns et des autres et tout cela pour l’amour d’un homme qui continue à se plaindre et à m’accuser lui-même comme une criminelle ! Sais-je seulement si un jour nous obtiendrons le divorce de cette soi-disant victime, qui peut nous tenir la dragée haute ?


BERNIER.

Oh ! le divorce avec son consentement, jamais, je t’en avertis, jamais…


LA PRINCESSE.

Tu le dis toi-même !… Alors quoi ? Comment, je risque la déchéance, le gâchis, sans savoir si nous en sortirons jamais, et ce n’est pas de la douleur !… C’est de l’amour, en tout cas, ou je ne m’y connais pas !… C’est le fait d’une amante passionnée qui voulait te servir de marchepied et se consacrer toute à toi… Tiens, tu es injuste, maussade et insupportable. Les plus charmantes délicatesses, tu ne les aperçois seulement pas… Ainsi, je m’étais tout de suite, en rentrant, habillée pour l’amour, comme tu me désires, afin de te faire une surprise, une joie… Ah ! bien oui !… Tu nous gâches tout le bonheur de vivre !

(Elle laisse tomber le manteau dont elle était revêtue et apparaît, dans un geste gracieux de dépit, en une espèce de gaine claire qui laisse à nu les bras et la gorge. Bernier s’approche d’elle et pose ses lèvres sur son épaule. Silence.)