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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/150

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lâche-là… » C’est accepté d’emblée, cette infamie !… Il y a l’indifférence et la complicité de tout le monde… Ah ! vous êtes forts et vous vous tenez bien !… Ce que la vie est organisée !… Qu’est-ce que je vais pouvoir contre vous ? Oh ! quand je dis vous, ce n’est pas vous plus que les autres ! C’est tout le monde… Allons, il faut voir ailleurs, voilà tout. (Avec désespoir.) Je ne veux pas me laisser périr, n’est-ce pas ?… C’est bien admissible…


LE PRINCE.

Et infiniment légitime, madame.

(Un silence.)

LOLETTE, (se levant très simple, très naturelle.)

Je vous demande pardon, monsieur, de vous avoir dérangé…

(Elle a l’air abattu, découragée. Elle se dirige vers la porte.)

LE PRINCE.

Ne vous laissez pas abattre ainsi… Ne passez pas d’un extrême à l’autre… Quelles sautes brusques de sentiments !… Vous étiez venue avec décision, et, tout d’un coup, mon accueil semble vous avoir désemparée…


LOLETTE.

Ça ne sera rien… ça passera… C’est sur le moment, n’est-ce pas ?… Il faut que je fasse tout moi-même, que je m’arme… contre des choses que je ne saisis même pas très bien… Je n’ai pas d’amis, pas de parents… Je ne sais même pas ce que c’est qu’un avocat, un notaire ! Je viens de prendre un avoué, pourtant… On m’a dit qu’il fallait… Qu’est-ce que je vais faire ?…