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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/117

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D’ailleurs, il a tout à craindre de moi, Dieu… même que je casse mon mariage à Rome… Si je le désirais, il faudrait bien qu’il obéît…


BERNIER.

Ce serait folie.


LA PRINCESSE.

Je ne dis pas que je veuille, je dis : Si je voulais… J’ai déjà fait tâter la cour romaine… par curiosité… C’est une affaire de tarif… Boby, tu ne me connais pas ! J’étais une Blochenthal, chéri, extrêmement riche, c’est vrai, mais enfin une Blochenthal ; tu n’ignores pas l’hostilité, chéri, qui s’attache toujours un peu à la race ?… J’ai souhaité toute la haute aristocratie parisienne à mes pieds : je l’ai eue… je l’ai achetée… Je suis satisfaite… Maintenant, elle m’ennuie… Comme nos rêves sont petits !… Dès que ma volonté est satisfaite, figure-toi, je m’ennuie !… Quand on a obtenu ce qu’on voulait, il faut aller vers autre chose encore… Et puis, je ne sais pas si je n’ai pas raté ma vie… Tu ris ?… tu as tort… Tu ne me comprends pas… Au fond, j’étais faite pour l’art… J’aurais dû réaliser un autre grand rêve avec mes millions, comme Louis de Bavière… avec plus de goût seulement !… Mais tu n’aurais pas été de taille comme partenaire. Tu étais un petit bourgeois, toi… Pourquoi as-tu épousé cette femme ?… Elle n’était pas digne de toi… Cela m’étonne d’un raffiné… C’est choquant… Elle est gentille, certes, mais si ordinaire… tu permets le mot, si « Montmartre » ! Ça ne te vexe pas, ce que j’en dis ?… Et puis, elle n’est pas soignée de sa personne…