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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/107

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BERNIER, (lui serrant la main.)

Merci… Très sensible à la part que vous prenez…



Scène VI


BERNIER, GARZIN


GARZIN, (lui touchant l’épaule.)

Ne les écoute pas… laisse-les dire, mon petit. Moi aussi, j’ai épousé ma maîtresse… Je ne te la présente pas ; elle est ici… C’était une fille de ferme d’Argelès… Ne crois point que je n’aie pas souffert à cause d’elle… Les hommes sont lâches ! Parfois, dans les salons, dans la rue, quand on croise des amis, sa rudesse me gêne… Depuis le temps, j’en ai honte encore… je la dissimule, — mal… En parlant dans la rue, je quitte tout à coup son bras… son bras que j’aime pourtant… sous le futile prétexte de chercher un mouchoir dans ma poche… Et elle, tant elle est simple et fière de moi, n’a jamais rien senti, rien vu, de ces petits reniements. Elle va, toute ronde, avec ses yeux clairs, dans la vie… Oui, je quitte son bras, je la dissimule ; mais, quand vient l’été, et que je m’en vais là-bas, à Cavalère, dans ce petit trou qui sent le narcisse humide et l’iris, quand je reviens, le soir, du bord de la plage brouillée, tout content de la journée de travail, d’avoir bien compris le cœur de la solitude, oh ! alors, comme elle est belle !… comme il fait bien partie de toutes ces choses, notre vieil amour, dans sa simplicité ! Il est, tiens, pareil à