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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/90

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GRÂCE.

C’est vous qui le dites.


LECHÂTELIER.

Pan ! attrape… C’est bien fait…


GRÂCE.

Eh bien, non, je suis clairvoyante, monsieur… L’homme que j’aime est peut-être ordinaire d’apparence, mais vous venez d’apprendre qu’on peut quelquefois se méprendre sur les apparences… Il n’y a pas que les séductions extérieures… Je l’aime, enfin, et je l’ai suivi pour des raisons profondes, qui ne regardent que moi… pour ce quelque chose de supérieur et de distingué qu’il y a quelquefois dans la médiocrité. Oh ! si ceux de qui je dépends me l’avaient laissé épouser de bon gré, j’aurais vécu comme une petite provinciale, ignorée, heureuse, sur la colline de Laurabuc, là-bas, dans une petite propriété que je sais… La vie veut que je devienne un être de tête et de décision ? Du jour au lendemain, voilà qui est fait !… Je rêvais d’être une religieuse à vingt ans ; je serai une femme… Oh ! vous autres Parisiens, je me doute qu’un pareil langage doit fort vous étonner !


LECHÂTELIER.

J’ai trop fréquenté la province pour ne pas avoir appris qu’elle est orgueilleuse.


GRÂCE, (avec hauteur.)

Et supérieure, aussi, quelquefois, monsieur…