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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/349

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POLICHE.

Chut ! Ne proteste pas ! À quoi bon ?… Crois-tu que je t’en veuille, ma petite chérie ?… Tu fais tous tes efforts, au contraire… C’est touchant… c’est affreux !… et triste, triste… tu n’as pas idée !… Tu te débats gentiment dans l’incommensurable ennui que je t’apporte… Tu l’as d’abord fait avec précaution, comme une personne qui se retourne dans un lit pour ne pas déranger l’autre… Maintenant, tu t’énerves un peu plus… voilà la différence ! Ah ! tu as bien raison ! Je le savais que je n’étais pas drôle, en réalité !… Je suis moral, je suis bourgeois, je suis subtil… je suis mortel !… Je dois le dire, pourtant, jamais je n’aurais cru que je pouvais être ennuyeux à ce point-là !… Et jamais plus, même si je le voulais, je ne pourrais reprendre le fameux rôle qui t’amusait tant et qui m’était si facile ! Fini ! Le truc est débiné !… Tu ne t’imagines pas, après t’avoir amusée… cent vingt-cinq jours — j’ai compté — ce que j’ai honte de t’embêter comme ça !…


ROSINE.

Mais, je ne sais pas où tu vas chercher toutes ces idées biscornues. Je ne m’ennuie pas le moins du monde ! Je suis calme, évidemment… je n’ai pas de raisons de sauter au plafond, mais je suis heureuse !… Et je t’aime… d’amour !…


POLICHE, (souriant tristement.)

Oh ! par pitié, Rosine !… Il n’y a entre nous encore rien de vilain… ou si peu de chose ! Oublie les sottises que j’ai dites tout à l’heure dans ma colère… Allons jusqu’au fond de nous. Soyons