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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/270

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du mal que je me suis donné à la faire rire un peu, la mignonne, payé par sa gaieté elle-même, et par la flamme de sa beauté que j’avivais un peu tous les jours… comme on ravive la « salamandre »


BOUDIER.

Pauvre Didier !… Tu t’es bien abaissé pour cueillir le fruit désiré ! Tu t’es mis à son niveau ; et pourtant, c’est touchant, émouvant au possible ce que tu me racontes là !…


POLICHE.

Ah ! mais pas de pitié, mon vieux. Ne te vante pas. Vous faites tous plus ou moins ce que j’ai fait !… Ah ! si l’on savait de quel élément se compose peut-être la joie des autres… Nous avions, à l’École centrale, un rigoleur extraordinaire, à toute épreuve. Eh bien, on l’a trouvé sur son fauteuil, un jour, la bouche ouverte… Il s’était tiré un coup de revolver, pour une chanteuse de café-concert. Ce devait être un sentimental !… Et que de fois, en faisant la fête, j’ai rencontré de ces gens, au bras d’une femme, qui s’amusaient désespérément à paraître drôles… et ils l’étaient… et ils l’étaient ! et tout le monde le croyait, même la femme qui était à leur bras !… Il n’y avait que moi qui avais envie de leur dire en passant : « Bonjour, copain ! »


BOUDIER.

Didier ! Didier !… Tu as de vraies larmes dans les yeux !…


POLICHE, (détournant la tête.)

Mais non ! Tu dois te tromper… Tiens, son man-