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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/182

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petite, mais douce… Mon pauvre !… (Un silence où l’on entend encore un sanglot de Claude.) Là, maintenant, mange tranquillement, je vais passer à côté, une minute, me reposer…


CLAUDE.

Oui, mimite… (Timidement, repoussant l’assiette.) Je n’ai pas bien faim… J’ai le cœur encore gros… si tu me permets, je mangerai plus tard.


GRÂCE.

Eh bien, alors, pendant que je serai à côté, veux-tu me jouer un peu de piano ? Ça me fera plaisir.


CLAUDE, (se levant avec joie.)

Oh ! je crois bien, ma chérie. J’ai potassé à fond la messe de Bach ; je la tiens… Veux-tu l’écouter ?…


GRÂCE.

Non… non… Rien qui fasse penser à la vie future, à l’au-delà… Non, quelque chose de bien de la terre… Est-ce que tu connais la Valse d’amour de Moskowski… Je l’ai entendu jouer hier soir à Compiègne… C’était exquis.


CLAUDE, (se mettant au piano.)

Celle-ci… ?


GRÂCE.

Ah ! oui… oui… c’est cela… joue !… c’est beau. (Elle s’approche encore une fois et l’embrasse. Puis elle va au tiroir de la commode où elle prend silencieusement une chose enveloppée d’un châle.) N’interromps pas… Joue encore… C’est beau comme tout. (Elle s’exalte, radieuse de désespoir. Elle fredonne, les yeux démesurés,