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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/179

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GRÂCE.

Encore !… Jusqu’à quand faudra-t-il te le dire ?…


CLAUDE, (l’interrompant avec douceur.)

Non… Laisse-moi parler… Tais-toi… Il faut que tu saches… J’étais un pauvre homme… J’aurais toute ma vie accepté ma médiocrité… Tu m’as ouvert un ciel extraordinaire… un ciel si beau que je n’aurais jamais osé l’espérer… Il ne fallait pas me l’offrir… Qu’est-ce qu’on veut que je devienne après avoir connu cette félicité ?… Pourquoi m’as-tu pris ?… Car tu m’as pris… car c’est toi qui l’as voulu… Moi, je te le disais bien tous les jours que je te lasserais… Oh ! je ne m’illusionne pas, si tes parents avaient accepté le mariage, ça, c’était autre chose, nous aurions vécu comme des provinciaux, à Aix, avec un peu d’argent… des relations qui seraient venues à nous… Tu t’y serais faite. Tu n’aurais jamais su que tu étais malheureuse… Mais, quand tu as voulu accomplir ce grand coup de tête, j’ai eu le pressentiment en moi, dès le premier jour, que ce serait au-dessus de tes forces, mimite. Et puis, Paris, Paris, c’est autre chose… Nous n’aurions pas dû… on y respire autrement… cette maudite misère… Chut ! chut ! ne dis rien… rien… laisse-moi te dire, moi… Il ne faut pas, il ne faut pas me quitter… Songe à ton Claude, sans toi dans la vie !… Ah ! pourquoi t’ai-je crue aussi ?… J’aurais dû m’enfuir… Rappelle-toi tout ce que tu disais : « Tu as la lumière de la bonté… Tu as le cœur qui vous regarde comme les yeux des chiens fidèles. » Tu vois que je me souviens… Est-ce que je sais, moi, tout ce que tu ne