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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/156

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ple !… J’y avais bien vaguement songé ces jours-ci, je l’avoue, je ne sais plus à propos de quoi… mais, là, vrai, la rage m’est montée au cœur… un souffle de fureur impuissante que je ne connaissais pas !… Toutes, toutes, mais pas toi… ah ! pas toi !… Tu ris ?


GRÂCE.

Follement, je l’avoue…


SUZANNE.

Cependant… Grâce… si mon mari t’aimait… t’aimait vraiment… c’est une supposition… réponds… Que ferais-tu ?


GRÂCE, (après avoir réfléchi, simplement.)

Je m’arrangerais, Suzanne. C’est tout ?


SUZANNE.

Non. (Silence. Puis d’une voix gênée et attentivement.) Et si toi… tu l’aimais, Grâce… réponds.


GRÂCE.

Si je l’aimais ?


SUZANNE.

Oui.

(Nouveau silence. Puis Grâce rejette la tête en arrière orgueilleusement.)

GRÂCE.

Regarde-moi. (Elle s’approche d’elle, puis net, dans les yeux, elle dit en se soulevant sur la pointe des pieds.) Je me punirais.

(Suzanne la regarde profondément avec angoisse, puis elle se reprend.)