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là où d’autres se seraient méprises… Les sottises de ton maladroit ami n’ont servi même qu’à nous rapprocher… Bref, j’ai trop de confiance méritée et trop de raison de confiance pour pouvoir une seconde te soupçonner…

(Un silence.)

GRÂCE.

C’est tout ?


SUZANNE.

Oui.


GRÂCE, (souriant.)

Je crois, ma chère Suzanne, qu’il est inutile de me rappeler tous les motifs de reconnaissance que mon cœur, à lui tout seul, sait me rappeler chaque jour. Quant à tes allusions à une trahison possible, je ne sais pas ce qui te prend… Tu es démente, ma petite Suzanne !


SUZANNE, (tristement.)

Non, ce sont les autres qui sont méchants… Vois-tu, j’ai beaucoup souffert, — je ne sais si tu t’en doutes, — silencieusement, de Roger. Il s’exalte facilement… Les femmes le croient. Il est sincère… Roger est ce qu’on appelle un emballé… Il pense toujours ne faire que s’amuser, il se laisse prendre à lui-même, comme un grand enfant ! (Appuyant exprès.) Cela commence par une gaminerie et cela s’achève en passion, avec de grands mots ! J’ai fermé les yeux… J’ai eu des douleurs très vives qu’on n’a pas vues… J’ai supporté même des trahisons assez proches… Mais quand tout à coup, là, l’idée m’est venue, soufflée à l’oreille par cette vilaine femme, que toi aussi… ah ! non, par exem-