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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/154

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mais je viens d’entendre, de la bouche d’une femme que je n’aime pas (Elle se tourne vers le salon.) deux ou trois petites perfidies fort déplaisantes… Je n’y attache, Dieu sait, aucune importance, mais enfin, c’est déjà trop qu’elles puissent se produire. Et puis, il faut bien l’avouer, il y a quelque chose dans l’air ici qui n’est pas naturel… Encore une fois, c’est de ma part pur excès de franchise et amour des situations claires… tu n’as qu’à me rassurer d’un mot… J’ai bien fait de t’en parler simplement et sans détour, n’est-ce pas ? comme cela me vient avec ma netteté habituelle…


GRÂCE.

Tu as bien fait, Suzanne… si tu avais le moindre soupçon… fût-il le plus injustifié du monde…


SUZANNE.

Je n’en ai pas… Ce serait trop vil, en effet, et trop inouï à supposer, et, de ta part, une trahison, si minime qu’elle soit, n’est pas une seconde admissible !… Un flirt, même pas… J’ai trop été la confidente de tes pensées depuis des mois pour ne pas avoir appris à te connaître… volonté droite, un peu baroque, mais franche comme l’or. Je m’étais dit tout de suite : « Voilà une femme de laquelle je n’aurai jamais rien à redouter. J’en peux faire mon amie. » Il est impossible dès lors de se conduire mieux que je ne l’ai fait avec toi… Je t’ai accueillie, non pas comme une femme tarée et déclassée — cela se serait pu — mais comme une égale, absolument, et comme une amie intime. J’ai tâché de ne voir que la noblesse de tes actes,