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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/151

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mais la femme !… Pour en parler si légèrement, il faut que vous ignoriez ce qu’est cette puissance orgueilleuse, la seule que nous ayons en notre pouvoir… je cherche le mot… le don… le don nuptial de soi… c’est cela… Après avoir été enfermée solitaire, avoir rêvé d’employer sa vie jusqu’à vouloir la vouer à Dieu, après avoir cherché sa raison d’être, comprendre un jour, tout à coup, que le plus pur présent de la femme, le seul que la nature lui ait permis, c’est elle-même… Ah ! quand on a compris cela en frémissant, à vingt ans, voyez-vous, on ne se voit plus avec les mêmes regards… On a l’orgueil chaste de soi… On cherche, de toute l’âme, celui à qui l’on va faire ce don précieux. Pour dire ce que vous dites là, il ne faut pas avoir attendu, dans l’ombre des couvents et des chambres, cette espèce de matinée merveilleuse où l’on s’élancera dans un nouvel espace… Puis la joie et l’orgueil de s’en aller vers son royaume avec celui qu’on a choisi pour amant, vers la vie, laide ou merveilleuse, qu’importe ! Ça ne se décrit pas. C’est beau comme un chant sans paroles… Avoir voulu cela de toutes ses forces, avoir touché cette cime et puis, tout à coup, s’apercevoir qu’on a gâché pour jamais ce pauvre don de soi… ce seul pouvoir qu’on ait eu… s’apercevoir qu’on a été le jouet le plus banal de la nature… ah ! comme cette douleur vous va jusqu’aux os !… On se relève, brisée, d’une catastrophe… Et c’est à se retourner désespérément vers le couvent et vers Dieu, s’il nous entend, pour lui demander un amour qui soit un peu moins servile et qui ait des ailes plus tendues !…