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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/142

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Pour la première fois, Je peux la regarder… Elles sont inouïes, vos mains, posées ainsi… elles sont, comme dans certains tableaux religieux et un peu pervers, au bord du cadre… En les dessinant, il me vient jusqu’à la joue leur tiédeur, leur atmosphère… Je les frôle en passant, j’en ai le cœur serré… Ne bougez pas… c’est délicieux… Laissez-moi les fixer, leur parler, les aimer avec leur peau caressante comme du papier de soie…


GRÂCE, (pâle.)

Finissez, je vous en prie.


LECHÂTELIER, (continuant de dessiner sans lever les yeux.)

Ah ! tant pis !… Oui, je divague, mais c’est plus fort que moi. Je leur parle comme à des intermédiaires… Vous ne savez pas l’effort que je fais pour ne pas laisser crouler ma tête sur elles…


GRÂCE.

Vous êtes fou !…

(Elle se lève, fait quelques pas, chancelante.)

MADEMOISELLE D’ANDELY, (se retournant, avec Madame Clozières.)

Qu’avez-vous ?… Madame Chalandrey se trouve mal ?

(Elles s’approchent.)

GRÂCE.

Un petit étourdissement… N’appelez pas l’attention. J’y suis sujette… Ça va se passer…


MADEMOISELLE D’ANDELY.

Voulez-vous mon flacon de sels ?