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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/109

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emprunté en avance sur ma caisse… comptant, bien entendu, rendre aussitôt que René m’apporterait l’argent… Il devait le faire le quinze de ce mois. Je n’ai pas cru mal agir… Il ne m’est pas venu à l’idée que le caissier principal demanderait les comptes avant le quinze.


GRÂCE, (dans un cri de stupéfaction.)

Toi !… Tu as fait ça !


CLAUDE.

Je ne sais pas si le caissier a eu un doute ou quoi… Il m’a demandé les registres tout à l’heure… J’ai pu établir ma balance, mais je ne croyais pas qu’il vérifierait les fonds en caisse… Alors, il m’a regardé froidement et m’a dit : « C’est bien, nous aviserons ». Je suis parti comme un fou… Je cours depuis tout à l’heure… Grâce, que va-t-il arriver ?


GRÂCE, (atterrée.)

Tu as fait ça, Claude ?…

(Elle pousse comme un gémissement d’effroi.)

CLAUDE, (le visags dans les mains.)

Ah ! c’était pour toi… Grâce… Pardonne-moi… Le piano ! Je sentais tellement ce désir irrésistible au bout de tes doigts… Qu’est-ce que je n’aurais pas fait pour que tu ne sois pas malheureuse… On volerait pour une femme… Je n’ai jamais eu de maîtresse !… Oh ! je suis un misérable… On va me chasser… honteusement… Ce sera peut-être tout… ils ne me poursuivront pas… mais c’est notre vie brisée…