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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/280

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mère de loin. On dirait qu’il hésite… Puis, il se met à faire ce qu’il a vu faire à Georget tout à l’heure ; il marche de la même façon, sur la pointe des pieds. De l’œil il se remémore le chemin parcouru par l’autre. Il fait exactement, pas à pas tout ce qu’a fait Georget. On sent qu’il se reconstitue à lui-même la scène qu’il a surprise. Irène ne l’entend pas. Quand il est près, tout près, à portée de souffle, derrière sa mère, on le voit nettement hésiter puis faire comme un grand effort sur lui-même, et, le cœur battant, il ose sur la nuque de sa mère un baiser qui n’est pas de fils, un baiser prolongé, qui la fait frissonner, toute, d’une délicieuse erreur. Elle renverse la nuque en arrière, sans une hésitation, sans un doute, livrant sa chair aux lèvres de l’amant et on l’entend murmurer d’une voix chaude et imperceptible comme dans un soupir : « Chéri ! » Une seconde… Les yeux de la mère et du fils se rencontrent. C’est brusque et terrible. Ils sont pâles, tous deux, de ce qu’a d’effrayant l’éclair de cette minute et de cette méprise.)

RICHARD, simplement.

Bonsoir, maman.

(Il sort, en mettant son chapeau, pendant que le rideau tombe.)

RIDEAU