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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/274

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ombre, et quand j’ai été cogner dedans avec le doigt, j’ai eu l’impression de la toucher comme un oiseau… Et devant tout le monde, instinctivement, par une irrésistible impulsion, je m’en suis si fort approchée que j’ai senti le contact de la vitre, là, sur mes lèvres… J’avais baisé ton ombre sans le vouloir.


GEORGET, (à voix basse.)

Je te veux ! je te veux !… Tes yeux !… si tu savais… tes yeux !…

(Une grande lueur, pâle, dehors à la fenêtre.)

IRÈNE, (sursautant.)

Oh ! tu n’as pas vu ?… un éclair… J’ai eu peur.


GEORGET.

C’est un éclair de printemps, à l’horizon. Il ne pleut pas…


IRÈNE.

Ferme la fenêtre. Il y a un souffle qui passe sur l’avenue… Tu entends les platanes qui se courbent ?… Ferme. J’ai les épaules nues… et ce soir elles sont trop prêtes à frissonner… (Georget se penche sur ces épaules-là, et y pose les lèvres… Irène, le repoussant, les yeux troublés, avec une voix suppliante.) Non, va-t’en… va-t’en… Ici je suis la mère, Georget, la mère… Et puis Paulot, Paulot au fait ?…


GEORGET.

Il est dans sa chambre à travailler.