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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/265

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à coup, ainsi sans raison, mon amant… Mon amant ! songe, c’est-à-dire celui qui surpasse tout dans mon cœur… quelle effrayante chose !


GEORGET.

Ne me regarde pas ainsi. Ça m’intimide. Il me semble que j’ai fait un malheur.


IRÈNE.

C’en est un ! que tu as commis, délibérément… C’en est un que de s’être donné, corps et âme, à un enfant comme toi, qui tient désormais toute ma vie dans ses mains, tout : passé, avenir… C’est à ce gamin que devaient aboutir mes années graves de mère de famille, d’épouse, mes devoirs, mes deuils, mes scrupules, mes illusions de moi-même… Si tu n’appelles pas cela un malheur, que te faut-il ?


GEORGET.

Mais c’est agaçant, à la fin, cette conception que tu te fais de moi… Je suis un homme ! un homme à qui l’on peut se confier sans peur… Tu verras si je ne conduis pas bien notre barque. Ahl ah !


IRÈNE.

C’est peut-être vrai. Mais que veux-tu ? Il m’est difficile d’oublier que je t’ai vu collégien. Ça te nuit dans mon esprit.


GEORGET.

Ça me déshonore.


IRÈNE.

Tu te souviens, la première fois que je t’ai