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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/161

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là-bas, pour la Sibérie… S'il pouvait savoir !… Mais il ne croirait pas.


FÉDOSIA.

Pourquoi ne croirait-il pas ?


LA MASLOWA.

Il sait bien que quand on a été ce que j’ai été on ne change jamais… non, non, on ne peut changer… je le sais bien, va… Oui, une fois, dans ma maison, j’ai voulu partir de chez Mme Kataïew : je n’ai pas pu… Une nuit de carnaval, je me sentis tout à coup triste, triste à mourir. Je l’ai dit à la pianiste, une nommée Claire, et elle m’a dit qu’elle aussi était triste et fatiguée de cette vie… alors, nous avons décidé de nous en aller toutes les deux ; nous nous sommes arrangées et nous allions le faire quand, tout à coup, des hommes sont montés en chantant. Le violoniste s’est mis à la ritournelle, un grand homme saoul, en habit, m’a empoignée, un gros barbu a empoigné Claire, et on a tourné, tourné toute la nuit, chanté… et bu… et crié… et une année a passé, comme cela et puis, une autre… et les jours, les jours. Non vois-tu, on ne change pas, la petite tante, on ne change pas.


LA VOIX DE L’INFIRMIÈRE, appelant au dehors.

Fédosia !… la charpie.


FÉDOSIA.

Ahl oui, c’est vrai, il faut que j’aille faire la charpie… (Criant.) Voilà. (À la Maslowa.) Tu n’en