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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/114

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LA MASLOWA.

Donne tout de même, je vais y tremper mon pain… Mais tu es beaucoup trop bonne pour moi, Fédosia.


FÉDOSIA.

Oh ! tout de suite je t’ai beaucoup aimée. Tu n’es pas comme les autres, tu es si jolie, si gentille !


LA MASLOWA.

Moi aussi ! Il n’y a que toi avec qui je puisse causer. Mais comment se fait-il que toi qui es si jeune, si douce, comme un petit enfant et qui ris tout le temps, Fetitchka, tu sois ici ? Tu ne m’as jamais dit pourquoi tu es ici.


FÉDOSIA.

Oh ! va… j’ai eu bien du malheur ! Le soir de mes noces, j’avais quinze ans, j’ai essayé d'empoisonner mon mari.


LA MASLOWA.

Toi, tu as fait ça, si petite ? Tu ne l’aimais donc pas ?


FÉDOSIA.

Non ; on m’avait forcé à l’épouser. Je pleurais, je me suis imaginée que jamais, jamais je ne pourrais vivre avec lui. Il s’appelait Tarass… un cocher. Je ne sais pas ce qui s’est passé en moi… c’est le démon qui m’a tentée, bien sûr ! J’ai fait ça tranquillement : j’ai versé, on m’a surprise… Mais regarde comme c’est curieux… Les huit mois qu’il y a eu avant ma condamnation, non seulement je