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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/86

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ANDRÉ.

Pourquoi ?


GYSÈLE.

Qu’est-ce que vous trouvez de bien en moi ? Dites vite, parce que papa va revenir ?


ANDRÉ, riant.

Mais tout. Vous avez une forme de menton ex-tra-ordi-nai-re.


GYSÈLE.

C’est tout ?… Ce n’est pas beaucoup.


ANDRÉ.

Vous avez une chose que j’adore… le nez et la bouche en contradiction ; oui, vous avez le nez qui fait uif, uif, uif… et puis la bouche qui fait eh, eh, eh…


GYSÈLE.

Ah ! j’ai le nez qui fait uif, uif, uif…


ANDRÉ.

Et vos cheveux sont d’une couleur délicieuse de cigarette américaine.


GYSÈLE.

C’est bien ça. Il ne faut plus nous revoir.


ANDRÉ.

Quel rapport ?


GYSÈLE.

De quelle couleur vraie sont-ils, mes cheveux ?


ANDRÉ.

Blonds.


GYSÈLE.

Si vous m’aimiez, demain ils seraient verts.


ANDRÉ.

Pourquoi verts ?


GYSÈLE.

Ou bleus… parce que vous les trouveriez d’une couleur exceptionnelle… Mais quand vous auriez cessé de m’aimer, ils ne seraient ni blonds, ni bleus, ni verts… Ils seraient de cette couleur indistincte et laide qu’ont tous les cheveux des femmes qu’on a aimées.