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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/83

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ANDRÉ, essayant de lui prendre la main dans le manchon, sur le piano. Elle la retire.)

Et là, qu’est-ce qu’il y a ? (Il garde le manchon à la main.) — Je ne peux jamais voir de ces petites affaires-là, sans avoir envie de tout retirer… Il n’y a pas de bête là-dedans, au moins ? Ah ! c’est que je connais des dames qui ont toujours à l’intérieur des ouistitis, ou des petits cochons d’Inde.


GYSÈLE.

Ne vous gênez pas, farfouillez !… Eh bien, eh bien, il va lire mes lettres, maintenant ?… (Un temps.) D’ailleurs, vous pouvez voir ; c’est de la sœur qui m’a élevée au couvent…


ANDRÉ, tripotant une carte-télégramme ouverte.

Fichtre !… elle vous envoie des petits bleus ?… On est moderne dans votre couvent… Alors, je peux regarder la signature ? (Il lit.) Soso… La sœur Soso !… Ah ! bien, à la bonne heure !


GYSÈLE.

Il faut vous dire que c’est un diminutif, un diminutif d'amitié… Elle s’appelle madame Sorèze… alors, n’est-ce pas, de Soso à…


ANDRÉ.

Oui, il n’y a qu’un pas… Ah ! vous avez été élevée au couvent !… D’ailleurs j’aurais dû m’en douter ; à votre chaîne, il y a des médailles… (Jouant avec sa chaîne de cou.) Qu’est-ce que c’est que cette sainte préférée, c’est une sainte ?


GYSÈLE.

Non. C’est Jeanne d’Arc.


ANDRÉ, souriant indéfinissablement.

Gardez-la longtemps, mon enfant !… (Reprenant.) Alors, dites encore… parlez-moi de vous… Vous avez des principes… C’est bien, ça… Vous croyez au bon Dieu ?


GYSÈLE.

Non, le bon Dieu, je n’y crois pas… (Après avoir réfléchi une seconde.) La Sainte Vierge, j’y crois…