Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/74

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de son milieu… Je suis avec elle les mille désirs anonymes d’hommes qui l’ont exaltée… Ce que j’étreins en elle, mais c’est tout le paysage de vie qu’elle apporte. Tiens, en ce moment, elle s’est assise, elle s’étend… regarde-là… eh bien, elle devient pour moi toute la lassitude nocturne de la femme… son dos calé est celui qu’emporte toutes les nuils le petit mystère galopant des voitures, le dorlotement caoutchouté, tu sais, qui traverse la nuit si vite, si vite, l’âme de Paris qui l’écoute passer. (Dans les petits silences, on entend la voix de Geneviève à Bouyou, de l’autre côté de la scène, où elles causent à mi-voix.) Hop ! droite ! immobile, maintenant… seuls les cinq doigts se trémoussent sur la baguette, ces cinq petits doigts nus, car les doigts ont aussi leur nudité que n’ont pas les mains d’épouses, si nus que le bois semble rude à leur toucher, mais c’est toute la liberté ailée de la caresse, c’est le coup d’aile d’oiseau qui a passé !… Les jupes secouées, envolées, comme elles sont gaies, comme elles sont vivantes ! Cette chair de femme engendre la vie, la belle vie animale de tout ce qui la touche, l’étreint. Elle est un geste rose de la vie… Ah ! au contraire, le gris ennui fidèle de la chair à moi, quand je vais rentrer tout à l’heure… Et tout ça me dit zut, et tout ça se fiche de moi, tout ça me crie : suis-moi ou ne me suis pas, qu’est-ce que ça me fait ?… Et cette vie-là me fortifie, m’emporte… Elle n’est pas, cette femme, seulement la joie, mais elle est surtout la joie des autres… voilà, voilà, surtout cela, comprends- tu… la joie des autres ! et j’aspire cette joie comme un voyage, comme une force, comme du bon soleil, comme la santé et l’espace. Elle est la vie, la vie, la v…


VALGY.

Ouf ! mes enfants, quelle suée !

(Applaudissements.)

TOUS.

Bravo, bravo, c’est très bien.