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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/72

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conde, que je me recueille… (Elle met les mains sur la figure, puis brusquement.) Ole posada calle aranga… comme disait un de mes amants qui était marchand de nougat espagnol. (À André.) Te frappe pas, mon coco, c’est pas vrai, c’est de l’esprit… Attention !… marchez !…

(André et Félix sont sur la gauche, Bouyou se trouve près du piano et du pianiste, à droite, aux deux tiers de la scène. Gillet sur des chaises figurant un canapé, au milieu. Les autres dans le fond. Et Valgy commence à esquisser son pas, à la façon des danseuses, près du piano, presque sans bouger avec des jetés battus indiqués par les mains. — Musique douce.)

ANDRÉ, à Félix.

Elle est jolie, hein ?


FÉLIX.

Non… elle n’est pas.


ANDRÉ.

Parce que tu ne sais pas voir… Et puis, toi, tu n’aimes pas les femmes.


FÉLIX.

Si, je les aime bien… à ma façon. J’aime bien les faire causer, leur payer des gâteaux, les mener dans les magasins, leur acheter des petites affaires pas chères… un sac de cuir par exemple, à sept francs quatre -vingt… bricoler… Oh ! bien sûr que je ne partage pas tes enthousiasmes ! Mais je t’assure, je ne comprends pas… Il y en a mille sur le pavé de Paris comme celle-là !… Qu’est-ce que tu lui trouves d’extraordinaire ? Sérieusement je ne comprends pas que tu trompes ta femme pour un être aussi insignifiant.


ANDRÉ.

Mais, imbécile, crois-tu que je l’aime cette femme ? Ou du moins que ce soit elle-même que j’aime ?… Allons donc ! La femme, vois-tu, c’est l’action des paresseux ou des artistes. C’est la seule qui leur soit per-