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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/60

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devant toi… (Il montre la salle.) ils deviennent comme des moules… Comment ça se fait, je n’en sais rien… mais c’est un fait établi, mon petit !


ANDRÉ.

Cependant…


VOIRON.

Tais-toi, je te dis… Tu n’as pas la prétention de t’y connaître mieux que moi ? Il y a trente ans que je joue et que je n’ai aucun succès… alors tu penses si je le connais, le public !


ANDRÉ, sarcastlque et amer.

En effet… pareille compétence…


VOIRON.

Si je te disais que ma femme n’a pas de tempérament, qu’est-ce que tu répondrais ?


ANDRÉ.

Tant pis ! ou : ah ! ah !


VOIRON.

Rien. Tu ne répondrais rien… tu serais collé… Tu ne la connais pas ma femme ! (Avec un beau geste.) Eh bien, idem, attends de connaître le public, mon petit.


ANDRÉ.

Permettez… la comparaison entre votre épouse et le public ne se tient pas beaucoup, ou alors, si vous n’avez pas eu plus de succès auprès d’elle qu’auprès du public, il y a quelqu’un qui me renseignerait mieux que vous-même sur les goûts de votre femme… c’est son amant.


VOIRON.

Tu crois ? (Il siffle.) Gillet, le monsieur veut te demander un renseignement… cause-lui.

(Et il s’en va, superbe.)

GILLET, s’approchant aimablement.

Monsieur Demieulle !


ANDRÉ.

Rien, rien, c’est une plaisanterie de Voiron.