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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/45

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Poliche et je citerai particulièrement La Marche Nuptiale qui se débattit péniblement à son apparition au Vaudeville contre l’animosité de la presse et la froideur du public pendant une trentaine de soirs et qui à la Comédie-Française tient régulièrement l’affiche depuis quatre ans, fait sans précédent, dans les annales de ce théâtre, pour une reprise.

Il ne s’agit pas du tout d’en inférer que l’équité est proportionnée à la valeur très modeste de ces pièces. L’auteur n’a pas le moins du monde la niaiserie de se targuer ici de cette faveur publique. Comme suite aux lignes que l’on vient de lire sur le théâtre et sur ses errements, il croit simplement judicieux de mettre en regard l’apparente contradiction du public. Peut-on en conclure que l’évolution s’effectue rapide et que, comme je le prétendais à trente ans, en dépit des résistances passagères, toute vérité se fait jour et contient une force indépendante de la valeur même de celui qui la manie ? Oui, sans doute. Il y a aussi que le public n’est pas chargé de découvrir par lui-même la jeunesse littéraire ; il est bien obligé de s’en référer aux on-dit, aux échos de la mode et de la presse. Il rapporte dans les conversations ces jugements tout faits que Molière flétrissait déjà de son temps. Plus tard, l’auteur s’adresse directement non plus à un public, mais à la foule, la foule de tous les pays du monde. De nos jours, les pièces connaissent une diffusion mondiale, dont les générations précédentes ne bénéficiaient pas. L’auteur pénètre dans les pays les plus reculés. Sa pensée s’infiltre ; peu à peu, il se fait comprendre. Les jugements de la foule sont alors étayés sur sa propre sensibilité : sa religion s’éclaire. Elle se souvient des pièces précédentes, qui sous la même signature, l’ont touchée, remuée. Elle a la foi : son sens critique lui permet des