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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/37

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ne sais quelle accusation de veulerie et d’inconscience qui n’est pas dans l’étymologie du mot. En ce cas ce n’est plus qu’un moyen — qu’il provienne des critiques ou des auteurs eux-mêmes, — pour tenter d’associer aux œuvres grossières ou communes qui ont existé de tout temps (autrefois on les nomma « théâtre rosse », le langage du boulevard appelle aujourd’hui leurs dérivés « théâtre mufle » ) des œuvres qui ont pour base une morale agrandie — c’est leur but — mais une morale très nette qui s’efforce de retracer quelques luttes humaines non point tout à fait dépourvues de beauté, et où l’on peut voir se débattre des êtres « qui ne portent pas leur âme en vain ». J’ai dit les raisons pour lesquelles j’estime que la tendance d’une œuvre, sa philosophie, sa morale même, ne doivent jamais empiéter sur le domaine de la vérité, premier point de vue de l’auteur dramatique. Mais pourtant il y a assez de place dans une pièce de théâtre pour qu’on y puisse voir palpiter, derrière les faits, quelque chose de plus encore. L’étonnant même, c’est d’être obligé de le dire, et que ceux qui le disent soient ceux-là mêmes qui tentent de toute évidence de refléter un peu les inquiétudes de l’âme moderne et dont les ouvrages porteront au moins la trace des souffles qui animèrent leur époque.

Mais, objectera-t-on à la fin, c’est le procès du public et de l’opinion que vous instruisez là, sans bien grande nouveauté ? Nous connaissons les récriminations de l’auteur insatisfait qui se pose en prophète méconnu. Ce n’est pas le cas pourtant, et ce serait bien mesquinement m’interpréter ! J’expose ici en passant, dans toute leur simplicité et sans y ajouter le moindre éclat, les raisons foncières du malentendu éternel qui sépare l’artiste du public ou du moins du public spécial chargé de nous juger. Et quant au