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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/339

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ISABELLE.

Vois mes yeux, ils te l’apprendront.


GEORGES.

Des mots !… Et je me révolte… Et cette fois ça va être ma revanche ! Ah ! mes gaillardes, il va falloir marcher droit ! (Respirant largement en se frappant la poitrine.) Dieu de bon Dieu ! ça fait du bien !… (Il arpente la pièce.) Je t’ai laissé le soin de nos existences jusqu’au bout… tu vois que jai tenu parole, complaisamment ? Je n’ai pas bronché… Voilà le résultat !… À mon tour, maintenant ! (À Pierre.) Veux-tu aller chercher Jeannine, s’il le plaît, Pierre, j’ai besoin qu’elle entende ce que je vais dire.



Scène VIII


GEORGES, ISABELLE.

Resté seul avec Isabelle, il va à elle et l'appuie contre sa poitrine. Elle résiste.

GEORGES.

Ma pauvre femme ! Regarde où tu nous as menés… Es-tu convaincue ?… Voilà où ton orgueil nous a conduits… Allons ! reconnais la monstrueuse erreur de ta tentative !… J’attendais, moi, puisque tu ne voulais pas utiliser ma raison, résigné à mon rôle de spectateur. J’aurais peut-être dû tenter d’intervenir plus tôt ; mais qui d’un peu sensé aurait jamais soupçonné que nous en étions là de cette petite course à l’abîme ! Je ne pouvais pas suivre les frénésies obscures de votre silence… Nous étions murés chacun dans notre attitude respective, et la vie muette allait son train, sans échange !… Ah ! quel criminel joujou !… Oui, oui, ma pauvre grande chérie ! je sais bien tout ce que tu pourrais me dire pour ton excuse. Tu as cru tenter une