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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/332

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Scène VI


PIERRE, ISABELLE.

Isabelle entre précipitamment, en vêtement de nuit hâtivement jeté sur ses épaules.

PIERRE.

Isabelle !


ISABELLE.

Pierre !

(Elle est tombée près de la porte, sur la chaise qui se trouvait là. Lui, près de la table. Ils pleurent.)

ISABELLE, s’essuyant les yeux.

Quand on m’a dit que c'était vous, j’ai reçu un coup au cœur ! C’était à la fois trop cruel et trop bon… Ah ! Pierre !… Pierre !


PIERRE.

Qui m’eût dit que nous pleurerions ainsi, en nous revoyant !…


ISABELLE se rapproche de la table et de Pierre.

Mon ami !… Regardez ce qu’on a fait de votre amie…


PIERRE.

Non. Vous êtes toujours la même. (Isabelle, élevant la lumière à hauteur des yeux. Il la regarde en plein jour, timide.) Un peu maigrie… un peu pâlie !


ISABELLE.

Vous, vous avez bonne mine.


PIERRE.

Ah ! moi, vous savez, je… (Geste. Isabelle tout d’un coup lui saisit les deux mains, en le regardant dans les yeux. Pierre touché.) Merci… merci !… Vous n’avez jamais été meilleure pour moi, dans toute votre vie !… (Un temps.) Et cependant, allez, je ne bénis pas les chagrins qui vous rendent plus compatissante.