Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/329

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Dieu ! qu’on est bien ! Vous sentez mon cœur qui bat contre vous ? Écoutez, je ferme les yeux… je ne verrai pas quand vous m’embrasserez.


GEORGES.

Jeannine ! Jeannine !


JEANNINE, avec un petit éclair dans les yeux vite réprimé.

Oh ! Je savais bien que vous étiez bon ! Dieu, je vais pleurer bien sûr, je vais sentir que vous me serrez dans vos bras… Oh ! Georges ! quelle joie ! vous m’aim… Non, non, j’ai eu tort… je n’ai rien dit ! Ce n’est pas vrai, non, vous ne m’aimez pas !… vous allez m'embrasser seulement… je n’ai pas dit que vous m'aimiez pour ça… Oh ! Georges… c’est moi qui t’aime, t’aime, t’aime !…


GEORGES.

Mais taisez-vous donc !

(D'un mouvement nerveux, irrésistible, il la saisit brutalement. Jeannine a un cri étouffé en s’abattant sur sa poitrine. Ils restent ainsi lèvre à lèvre, un grand moment, dans le rond clair de la lampe. Des phalènes, autour d’eux, cognent l’ombre ; un pic-vert réveillé traverse la prairie en criant, et le croissant de la lune, au loin, filtre à ras de terre, dans une haie, au bout du jardin… Des pas ont retenti sur le perron… la porte grillée a battu… Georges et Jeannine se détachent brusquement, ils se renfoncent dans l’ombre. Une silhouette, dehors la main posée sur le bouton de la porte, les regarde… Georges va au-devant d’elle et ouvre lui-même vivement.)


Scène IV


Les Mêmes, PIERRE.


GEORGES, reconnaissant Pierre avec difficulté dans l'ombre.

Toi ?…